reportage de  Pascal Hamida


Gérard Gal, un sculpteur fondu de bronze à cire perdue
« Je suis avant tout un artiste, un créateur, » insiste Gérard Gal comme si,  il devait désormais se convaincre que l'artisan fondeur n'a pas pris le pas sur l'artiste sculpteur. : Photo Jean-Pascal Hamida

Artiste dans l'âme, ses mains et son visage sont ceux d'un artisan, d'un fondeur exactement : burinés à force d'intimité avec le bronze en fusion. 1 200 degrés Celsius.Gérard Gal ruisselle de sueur : « C'était une belle fonte ! » balance essoufflé le sculpteur en posant sur l'établi son masque et ses gants de protection. Cinq mots jetés comme le point final aux plusieurs semaines qui se sont écoulées depuis l'inspiration !
« Je suis une éponge : mon histoire, l'actualité, les rencontres, une émotion... Je ne comprends pas le fonctionnement de mon cerveau, » semble encore s'étonner Gérard Gal. « Ce que je sais c'est que quelques semaines, quelques mois voire quelques années plus tard, ça produit ça ! »
OGM
D'un coup d'oeil, il montre « OGM », une pièce de trente centimètres de tour de taille, haute de quatre-vingt. Les formes torturées sont à la fois séduisantes et inquiétantes. Une oeuvre réalisée il y a quelques mois, plantée là, sur la table, au milieu du salon.
Aujourd'hui, la fonte a duré à peine plus d'une minute. Le temps d'extraire du four le creuset bouillonnant de bronze liquéfié, l'avancer au-dessus des moules en plâtre et chamotte ; couler l'alliage en fusion dans l'empreinte de la sculpture et verser l'excédent d'airain déjà visqueux dans un bac : retour à la case lingot terne et gris.
« Je suis avant tout un créateur, » insiste Gérard Gal comme si,  il devait désormais se convaincre que l'artisan n'a pas pris le pas sur l'artiste tant les deux passions se sont soudées au fil des années et de l'expérience acquise.
« Je vais devoir patienter quatre heures avant de briser les moules. Il faut ça pour que le bronze passe sous la barre des 500 degrés. Sinon, encore fragile, il casse... D'autant que cette sculpture a de fins filaments qui relient des parties plus massives. »
Bronze à cire perdue
Une fois débarrassées de leur gangue de plâtre et chamotte, les quatre pièces de bronze coulées séparément seront réunies pour retrouver la forme originelle sculptée dans la cire. Sculpture originelle autour de laquelle les moules ont été confectionnés. En cuisant une première fois dans un autre four, le plâtre et la chamotte ont durci. À l'intérieur la cire a fondu et laissé son empreinte.
Ultime opération, la patine ! Et là, pas question qu'il y ait le moindre témoin : « C'est ma signature, » sourit Gérard Gal. La sculpture est de bronze mais le silence est d'or.
Jean-Pascal Hamida